Cheikh Anta DIOP colloque d’Athènes Racisme, science et pseudo- science,

Cheikh Anta DIOP colloque d’Athènes le 18/07/2009

Cheikh Anta DIOP colloque d’Athènes

Racisme, science et pseudo- science,

 

organisé par l’UNESCO. Il fait une communication intitulée « L’unité

d’origine de l’espèce humaine ». Il est signataire de l’Appel d’Athènes d’avril 1981.

Ce colloque a été consacré à un examen critique des différentes théories pseudo-

scientifiques invoquées pour justifier le racisme et la discrimination raciale.

 

L’UNESCO et la lutte contre le racisme, les signataires de l’Appel d’Athènes :

Les squelettes d’un enfant et d’une vieille femme de l’époque aurignacienne (il y a

35 000 - 40 000 ans) découverts dans la Grotte des Enfants en Ligurie italienne.

Connus sous la dénomination de négroïdes de Grimaldi, ils représentent les premières

populations d’ « hommes modernes » s’installant en Europe méridionale. Musée

d’Anthropologie préhistorique de Monaco.

UNITÉ D’ORIGINE DE L’ESPÈCE HUMAINE

 

UNITÉ D’ORIGINE DE L’ESPÈCE

HUMAINE

 

Communication de Cheikh Anta DIOP au Colloque Racisme, science et

pseudo-science, réuni par l'UNESCO en vue de l'examen critique des

différentes théories pseudo-scientifiques invoquées pour justifier le racisme

et la discrimination raciale, tenu à Athènes du 30 mars au 1er avril 1981. Elle

a été publiée dans Racisme, science et pseudo-science, Collection Actuel -

UNESCO, 1982, pp. 137-141.

 

LES DONNÉES DE LA PRÉHISTOIRE

 

Au XIXe siècle, DARWIN pensait déjà que l'Afrique pouvait être le

berceau de l'humanité.

 

Cette hypothèse hardie est aujourd'hui largement confirmée par les

travaux de DART, de l'abbé BREUIL, d'ARAMBOURG, de TEILHARD de

CHARDIN et de L. S. B. LEAKEY surtout. H. V. VALLOIS a démontré le

caractère anti-scientifique de l'hypothèse, aujourd'hui périmée, du

polyphylétisme, qui voulait faire descendre les trois « races »

actuelles, blanche, noire et jaune, de trois familles de singes distinctes

(gorille, chimpanzé, orang-outang). Le but était manifeste pour les

savants « conservateurs ». II s'agissait de sauvegarder le postulat de la

hiérarchisation des races en partant de l'idée qu'il y avait trois origines

distinctes de l'humanité actuelle.

 

À l'heure présente, les spécialistes de la paléontologie humaine sont

répartis en deux écoles, défendant deux théories diamétralement

opposées sur l'origine de l'humanité, à savoir la théorie

monogénétique, et la théorie polygénétique de l'humanité.

Les deux écoles sont d'accord sur le fait que l'Afrique est très

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probablement le berceau de l'humanité. Mais, pour les tenants de la

théorie polygénétique, l'Afrique reste le berceau de l'humanité

jusqu'au stade de l’Homo erectus seulement. Celui-ci, qui inclut

l'ancien pithécanthrope, sortit de l'Afrique il y a deux millions

d'années, pour aller peupler les autres continents. Les différentes races

seraient nées de son adaptation au paléo-environnement des régions

qu'il envahit alors. Mais, puisqu'il s'agit d'un stade très ancien et,

somme toute, très primitif de la formation du rameau humain, la

hiérarchisation des races resterait une possibilité physique

scientifiquement défendable, compte tenu de l'énorme distance qui

sépare Homo erectus et Homo sapiens sapiens, non pas seulement sur

le plan chronologique, mais sur celui de l'anthropologie physique. Le

but poursuivi est le même que celui des anciens protagonistes du

polyphylétisme mais avec des arguments scientifiques plus consistants

en apparence.

 

La théorie polygénétique est aussi celle du sens commun : il paraît, a

priori, plus vraisemblable qu'une race ait émergé au niveau de chaque

continent, a_ partir d'une souche primitive commune, et qu'une

évolution générale se soit dessinée vers le stade Homo sapiens

sapiens.

Mais, contre toute attente, cette hypothèse ne résiste pas à un examen

attentif des faits.

 

S'il en est ainsi on se demande pourquoi le continent américain, qui

connaît toutes les transitions climatiques, de la Terre de Feu à

l'Alaska, n'a pas donne_ naissance à un Homo sapiens sapiens indigène,

fossile. On peut rétorquer que c'est parce que ledit continent aurait été

épargné par la migration d'Homo erectus, qui, de ce fait, n'y a pas

évolué, sur place, pour donner naissance à une humanite_ comparable à

celle qu'on rencontre sur les autres continents au stade de l’Homo

sapiens sapiens. L'homme moderne serait entré en Amérique par le

détroit de Behring, il y a environ 10 000 ou 20 000 ans.

 

Mais les arguments décisifs qui s'opposent à l'acceptation de la thèse

polycentrique sont tirés de la chronologie absolue des faits.

 

En effet, toute idéologie mise à part, nous savons aujourd'hui que le

plus ancien Homo sapiens sapiens, daté par des méthodes

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radioactives, est africain ; il s'agit, entre autres fossiles, des crânes de

Omo I et Omo II, découverts par Richard LEAKEY en 1967 ; une

datation à l'uranium/thorium de la couche inférieure du site donne

130 000 ans1.

 

Le premier Homo sapiens sapiens européen est un envahisseur, venu

probablement d'Afrique par l'Espagne, c'est le négroïde de Grimaldi,

dont l'industrie aurignacienne est datée de 32 000 ans av. J.-C.

 

Les savants sont conscients maintenant des graves incertitudes qui

entourent la découverte du fossile de Combe-Capelle en 1909, à une

époque où les méthodes actuelles de fouilles n’étaient pas au point.

Au surplus, l'inventeur de ce fossile, HAUSER, était un marchand

suisse antiquaire, pourvoyeur des musées européens et allemands en

particulier. On a même pensé que le spécimen pourrait être un faux et

la découverte du Néanderthalien de Saint-Césaire2 lui enlève

brusquement la paternité de l'industrie périgordienne qu'on voulait lui

attribuer.

 

Celle-ci est le fait des derniers Néanderthaliens qui vécurent, il y a

35 000 ans, et qui, de ce fait, furent momentanément contemporains

des premiers Homo sapiens sapiens européens de type grimaldien,

avant de disparaître définitivement. L'industrie périgordienne ou

castelperronien représenterait donc la phase ultime du Moustérien

européen et le Néanderthalien est également responsable de ces deux

industries. Cela s'accorde bien à l'extension très restreinte du

Périgordien, fait que nous avions déjà signalé dans des études3.

 

Dans ces conditions, la première industrie européenne due à un Homo

sapiens est bien celle de l'envahisseur grimaldien, venu d'Afrique.

C'est par attitude anti-scientifique et par pure idéologie qu'on a

 

1

Karl W. BUTZER et Leslie G. FREEMAN (dir. publ.), Prehistoric archaeology and

ecology series ; Yves COPPENS, F. Clark HOWELL, Glynn L. ISAAC et Richard E.

F. LEAKEY (dir. publ.), « Earliest man and environment in the Lake Rudolf Basin.

Stratigraphy, paleoecology and evolution », p. 19.

2

François LEVÊQUE et B. VANDERMEERSCH, « Le Néanderthalien de Saint-

Césaire », La Recherche (Paris), n° 119, février 1981, p. 242-244.

3

Cheikh Anta DIOP, «L'apparition de l’Homo sapiens », Bulletin de l'IFAN (Dakar),

série B, t. XXXII, n° 3, 1970, p. 623-641.

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assimilé le Grimaldi au Cro-Magnon.

 

Le premier spécimen à morphologie spécifiquement caucasoïde

n'apparaîtra qu'au Solutréen, vers 20 000 ans av. J.-C., c'est-à-dire

20 000 ou 15 000 ans après l'arrivée du Grimaldien en Europe. II

semble bien que c'est au bout de cette longue période d'adaptation du

Grimaldien aux conditions spécifiques de la dernière glaciation

würmienne qu'apparaîtra le Cro-Magnon du Solutréen, avec sa

morphologie si typique, qu'on ne saurait en aucun cas confondre avec

celle du Grimaldien, à laquelle elle ne saurait être reliée que par une

longue chaîne de transformations et de mutations successives,

s'étendant sur 20 000 ans.

 

Le Grimaldien, ainsi que le montre l'extension de l'industrie

aurignacienne, a émigré aussi vers l'est, en Europe centrale, en

Crimée, dans le bassin du Don et probablement jusqu'au lac Baïkal,

comme l'a affirmé le professeur GUÉRASSIMOV.

 

Il écrit : « II est tout à fait clair que l'homme du Paléolithique

supérieur a pénétre_ en Europe sur le territoire de l'Europe

occidentale, possédant déjà diverses variantes de culture et de traits

spécifiques de l'Homo sapiens inférieur, et montrant plus ou moins

des traits équatoriaux. Ce complexe pseudo-négroïde se manifeste de

concert avec des traits spécifiques, non seulement d'ordre

physionomique mais aussi d'ordre constitutionnel. Ce complexe de

‘négroïdité’, bien qu'exprimé dans une autre forme, est surtout très

net sur les squelettes de Grimaldi. Ce complexe équatorial spécifique

s'exprime d'une manière particulièrement précise sur le squelette de la

‘Marquina Gora’, sur le Don. Le crâne de cet homme ne peut

pratiquement être distingué des crânes des Papous actuels ni par les

indices descriptifs ni par les données de mensuration.» 4

 

Le rameau paléo-sibérien, qui naîtra de ce complexe, n'est pas attesté

avant 20 000 ans av. J.-C.

 

Les Jaunes actuels, Chinois et Japonais, sont déjà très différents du

 

4

Communication de GUÉRASSIMOV, Colloque sur L'origine de l'homme moderne,

Paris, UNESCO, 1972.

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Paléo-sibérien et n'apparaissent qu'au Néolithique.

 

La datation par la méthode du radiocarbone, pratiquée par les Chinois

eux-mêmes, a permis d'établir que l'homme de Ziyang, que les

estimations des savants faisaient remonter à 100 000 ans, date de

7 500 ±130 ans, soit 5 500 ans av. J.-C.

 

De même, l'homme de la grotte supérieure de Zhoukoudian, auquel les

spécialistes attribuaient également un âge de 100 000 ans, date de

18 865 ± 420 ans, soit 16 865 ans av. J.-C5.

 

Du reste, ces faits chronologiques sont en accord avec les données de

la biologie moléculaire.

 

D'après Jacques RUFFIÉ, citant Nei MASATOSHI et A. R.

ROYCOUDHURY, la séparation des groupes raciaux serait très

ancienne. Ces auteurs partent de plusieurs dizaines de marqueurs

sanguins pour étudier les différences génétiques inter- et intra-groupes

entre populations négroïdes, caucasoïdes et mongoloïdes : « Ils

définissent les coefficients de corrélation qui permettent de dater, de

façon au moins approximative, à quel moment ces groupes se sont

séparés les uns des autres. L'ensemble négroïde se serait autonomisé

il y a quelque 120 000 ans, alors que mongoloïdes et caucasoïdes se

seraient séparés il y a 55 000 ans seulement. » 6

 

Même si 55 000 ans nous paraissent un âge trop ancien pour la

formation des rameaux caucasoïdes et mongoloïdes, compte tenu des

données préhistoriques, 120 000 ans est un âge qui s'accorde bien avec

l'apparition des premiers Homo sapiens sapiens africains dans la

vallée de l'Omo et au Kanjera, comme on l'a vu ci-dessus. C'est à

dessein que nous avons laissé de côté la thèse des pré-sapiens de

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